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CREATION 1991 - Première partie

Tauromachie- huile sur toile -


Dans le bruit sourd de la ville


Dans le bruit sourd de la ville
Retentit comme un cri ;

Un cri d'amour et de haine, de langueur et de peine,
Le bruit lourd de mes chaînes
Qui ramènent l'esprit
A mes tâches serviles.

 Viles tâches de vie
Qui s'épandent en mes veines,
Irréductibles germes
De notre insertion.

Des négations et des envies,
Il ne reste que des peines,
Irréductibles et fermes,
Comme une damnation.

 Dans le bruit sourd de la ville,
Des murmures d'incertitude ou de certitude,
Des hurlements de désespoir ou d'espoir,
Un petit "je" d'interrogation et de solitude
Promène son faciès incivil,
D'indécence dans le noir
Des nuits souveraines.

 



Le canal -huile sur toile  

 

 

Quand j'aurai...

Quand j'aurai dans le coeur
Trop de crabes mangeurs,
Trop de vastes regrets
Pour le jour qui commence,
Mes amis paresseux, de pitié
Trop nourris,
Mes amis trop envieux d'un sourire
trop pourri,
N'y pourront rien changer...

Quand j'aurai dans le coeur
Trop l'écho des rumeurs,
Et la vague pensée
D'un futur dépassé ;
Sur le lit de l'espoir,

Mes parents, ma famille,
Trop gentille d'ignorer,
Mes parents, ma famille,
trop pressée d'espérer,
N'y pourront rien changer...

 Quand j'aurai dans le coeur
Trop de vagues rumeurs,
Quand l'idée d'un mariage
Ne sera qu'un mirage
Quand mes rêves étiolés
mourront d'inanition,

Mes amis, mes parents,
Ceux que j'aurai aimés,
Mes amis, ma famille,
Tairont leurs pavillons,
Pour ne voir dans ces vers
Qu'un délire en hiver...
Mais, n'y pourront rien changer

 

 


Parfois...


Parfois,

Le souffle léger du vent m'apporte les senteurs des restaurants avoisinants,
Ce murmure tumultueux dans ma tête des êtres qui s'amusent,
De la ville qui gronde paresseusement sa triste complaisance,
Ses lamentables ingérences, son étonnante indifférence.
Certains, aux festivités de la bonne chaire se sont abandonnés,
D'autres, aux assauts des envies se sont accoutumés,

Et pas une plainte ne viendra troubler
Les consciences endormies de ceux qui s'amusent,
Pas une réminiscence des douleurs des autres,
Pas une parole, pas une prière, pas même un murmure.

Ici, la ville engloutit dans son ventre
Les colères, les cris, les pleurs et les envies
Qui pourraient retentir au-delà de ses murs.
On ne trouble pas les joies simples de la table,
On ne crache pas sur les multicolores cravates,
On baisse ses regards envieux, et d'un pas regrettable,
On s'enfuie dans son antre manger quelque patates,

 Iniquité,
Inégalité,
Différence,
Difficultés,
Malheurs,

La vie est ainsi faite que le bonheur n'existe
Qu'aux dimensions réduites de l'individu.

 





On écrit rien de bon...


On n'écrit rien de bon quand on a le coeur noir.
Nos seules capacités sont dans le souvenir, le remords et la souffrance.
L'espérance est claustrée entre les murs de la réalité,
Et l'on ne croit en rien...

Le seul aboutissement après les durs moments est le délabrement
Ou la résignation.

On reprend ses dadas le coeur sous l'échafaud, et l'on se fait un monde d'apparat,
Où l'orgueil, en maître souverain, condamne les captieux élans de la véritable personnalité.

 La vie est ainsi faîte qu'il ne faut pas aimer
Pour pouvoir être heureux.
L'indifférence au moins, malgré sa connotation péjorative,
A l'avantage sur les nobles sentiments d'une vertu d'airain
Qui abolit notre axe plutôt que de le détruire,

Pareil aux xylophages...

... Car l'amour, c'est cela...?

 





Les danseurs de flamenco - collection privée -



Quand le coeur s'obscurcit...



Quand le temps s'obscurcit, que les feuilles d'automneJalonnent le tapis, je n'ai plus que de l'hommeLe souvenir aigri des rêves qu'on détrône.

Quand la vie s'abrutit aux portes de l'aumône,
Quand la vie s'enlaidit aux portes de l'horreur,
je ne veux de l'humain qu'un peu de cécité,
Je ne veux de l'humain qu'un peu d'indifférence.

Ne plus rien voir, ne rien comprendre,
Ne plus rien exprimer que de l'intelligence,
Sans ombre, sans vie, sans âme,
Mourir tout simplement de cette inanition
Qui fait de la passion la sève et le poison




Au delà de la forme...


Au-delà de la forme vivait une croyance,
Mais la vision abstraite de cette délivrance,
A laissé dans nos coeurs l'inflexible caprice
Qui relance et rappelle à notre cicatrice.

Certains s'évertuent, quelque peu téméraires,
A extraire de nos corps quelques lambeaux de chair,
Mais comment faire admettre aux communs que nous sommes,
Que nos coeurs se répandent bien au delà de l'Homme
.




Depuis longtemps éparpillées...


Depuis longtemps éparpillées,
Au souffle des tempêtes,

La flamme fragile de la vie,
A longtemps vacillé, avant de s'exprimer,
Comme ravigourée, rafistolée,
Ligaturée, pensée,
Du Bonheur simple des envies,
Des rires, des sourires,
Des caresses de ma fille,
Des exploits de mon fils,
Leur vie me porte,
Léger, loin des ombres et des vices,
Dans l'énergie subtile,
Du souffle, là, oui.
Au dessus de la flamme.
Sourires.



Qui aurait pu me dire ?


Qui aurait pu me dire ce que serait ma vie ?
Les ambitions déchues et les vaines envies,
les choses qu'on oublie, les rêves qu'on détruit,
Les amis retrouvés, l'amitié qui s'enfuit,
Des amours délétères qui aujourd'hui sans vie,
Traversent la mémoire sans même un petit bruit ?

Qui aurait pu me dire ce murmure dans la nuit,
Cette voix sans hauteur qui se perd sans un cri
Dans l'immense cohue de l'homme qui s'ennuie,
De l'homme qui détruit, de l'homme qui se nuit,
Qui aurait pu me dire que sur la terre on prie ?

On plonge ses regards à l'intérieur des cieux,
Son corps sale et grossier dans un bain de piété,
Et l'on croie se laver de ses impuretés,
Crimes ou passions, moult velléités,
Bien que la vérité gît au gouffre des yeux.

Qui aurait pu me dire ce que serait ma vie,
Le béton précontraint dressé sur mon chemin,
Les regards inhumains posés sur mon prochain,
Les bras tendus des miens, les mains que l'on ravit,
La vie qui nous poursuit, la peur des lendemains ?




Comme si...


Comme si la vie filait,
Un rêve à peine énoncé,
Des souvenirs par millier,
un mal indicible,
Mon esprit torturé,
Des images monochromes
Qui appellent désespérément,
La mort.

Et Dieu, Et tous ceux que j'aime,
Et la mémoire de mon nom,
Ternie à tout jamais,
Dans le sang, dans la honte.
Ce geste irrésistible,
ce grondement profond qui déchire mes entrailles,

Un rien de rien pour que ma main défaille
Vers le fourreau si près de mon corps qui tressaille.
Et tous ceux que j'aime,
Tous ceux pour qui, jusqu'à ce jour,
J'ai tout voulu donner,
Sans rien réaliser.

Et Dieu dans tout ça,
Et ma femme, et mon enfant...
Que reste-t'il de mon amour ?

Pas une larme dans mes yeux,
Que des appels désespérés,
Des mains tendues vers un Dieu
Qui m'oublie, qui m'oublie, qui m'oublie...

Pourquoi mes pensées les plus sombres
Ont-elles la consonance
Des mots les plus fins ?


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