CREATION 1991 - 2 ème partie
Au-delà de la forme...
Au-delà de la forme vivait une croyance,
Mais la vision abstraite de cette délivrance,
A laissé dans nos coeurs l'inflexible caprice
Qui relance et rappelle à notre cicatrice.
Certains s'évertuent, quelque peu téméraires,
A extraire de nos corps quelques lambeaux de chair,
Mais comment faire admettre aux communs que nous sommes,
Que nos coeurs se répandent bien au delà de l'Homme .
Lourds rideaux...
Lourds rideaux à peine ondulés se lèvent
Sur nos vies,
Théâtre de nos jeux, de rôles imposés,
Où crèvent les envies,
D'être ou de devenir,
Des hommes.
Chaque fois qu'une pensée, qu'un geste non mesuré,
Transperce,
Le masque peu à peu,
Progresse.
Dans un monde apprivoisé où tout paraît,
L'artiste déploie ses ailes rafistolées,
Fraîchement réparées,
Pour s'envoler,
Loin du théâtre de sa vie.
Mais, parfois blessé
De ne pouvoir ajouter
A son art la dualité, la nécessité,
Il tombe, et se désintègre.
Nu parmi la foule « humanité »,
C'est ainsi qu'il apparait,
Vile et dénaturé,
Etiqueté, épithèté,
Comme celui, à l'unanimité,
.que vous n'êtes pas !
Je pense à toi quand même
Je pense à toi quand même,
Malgré l'hiver qui vient, malgré les jours qui passent,
Malgré mes aventures qui m'aident à faire surface,
Je pense à toi que j'aime.
Je pense à toi quand même,
Malgré ces soirs sans toi, malgré ces nuits d'errance,
Malgré mes souvenirs et ton indifférence
Qui font ma vie Bohème.
Je pense à toi quand même ;
Quand l'aurore apparaît, pour moi le crépuscule,
Belligérant sorcier consulte l'opuscule
De sa science anathème !
Je pense à toi quand même,
Malgré mes idéaux qui ne sont pas modernes,
Naïvement je crois aux amours qui nous bernent :
C'est comme ça que je t'aime !
Pages blanches...
Pages blanches de nos amours passées,
Nos mémoires s'affranchissent, tendrement enlacées,
Au gouffre de l'oubli,
Le bon, le meilleur ou le pire,
Tout ça s'évanouit
Sous quelque étrange empire.
Ployant au souffle des bourrasques
Nos âmes voltigent un peu flasques,
De ci de là, dans le tourbillon fou
D'un hasard impalpable,
Qui nous mène, inexorable,
Des terres froides d'Islande au soleil de Corfou.
Lamentations d'un jour,
Exaltations du lendemain,
Train train de nos détours
Sur la vie prise en main,
Que reste t'il de nos amours,
De celles qu'on a rêvé ?
Répondez.

La crucifixion - collection privée -
Tout, tout...
Tout, tout, tout change et fluctue,
De la vie qui partout
En onguent se répand,
D'autres odeurs s'évertuent,
Êtres vils et rampants,
A changer en dégoût
Nos âmes dévêtues,
Nos corps fatigués
D'avoir trop travaillé,
Notre esprit torturé
D'avoir trop analysé.
Ou sont passées ces heures
D'indescriptible bonheur,
Où tout encore
Puisait dans une flore
Les plus belles senteurs,
Prenant du créateur
Les plus fameux décors
D'immuabilité,
De sérénité, et de félicité.
Souffles de vie sur nos corps,
Et fini l'idyllique décor ;
Le vent de vie nous transforme
Aux yeux de Dieu et de la norme ;
Sur le chemin des Hommes,
Nous oublions ce que nous sommes,
Et devenons ce qu'ils sont.
Tout, tout, tout,
Tout change et fluctue,
De la vie qui partout
En onguent se répand,
Aux odeurs qui s'évertuent
Tels de vils serpents
A changer en dégoût
Nos âmes dévêtues,
D'enfant.

La fée - collection privée -
Prozac, xanax, lithium...
Prozac, xanax, lithium, aspirine,
Elixirs de nos têtes orphelines,
Perdues sur la route ténébreuse
Des redoutables médecines,
S'avancent d'un pas synaptique
dans les méandres chaotiques
De nos âmes douloureuses.
Maladies malheureuses,
Patentes ou insidieuses,
Qui dans nos crânes creusent
Des abîmes d'incompréhension,
De colères, de passions,
et font naître le délétère
Sous la forme de ver.
Des gens sains ou des pervers,
Quand deux mondes forment un univers,
C'est toi mon frère incestueux,
Qui se veut, vertueux.
Toi qui crois...
Toi qui crois que la vie t'appartient,
Qui tient entre tes mains
Tout à la fois le glaive et la caresse,
Le pouvoir d'un romain
Qui depuis son bureau
Commande à d'autres mains,
Le pouvoir d'un martien
Qui depuis ses confins
Impose à quelques humains.
Toi qui croit que le monde est le tien,
Que la vie se prosterne entre tes faibles liens,
toi qui ne connais rien,
Toi que la cécité
A dévoré soudain,
Toi qui ne pense à rien
Qu'à commander demain,
Toi qui ne parle plus,
toi qui ne réponds plus,
Toi qui ne vois plus,
Toi qui fusionne en "je",
Toi qui se multiplie,
A peine cahoté
Par le bourdonnement
Des âmes qui se plient,
Toi qui t'es rapproché
De la divinité
Sans un tâtonnement,
Qui a hiérarchisé
Pour mieux se protéger.
Toi qui reflète en nous
Ce que nous pourrions être
Si je voyais en toi
Ce que je suis en moi !
Quand l'amour...
Quand l'amour dans ton coeur
N'aura plus de bourgeon,
qu'il sera une fleur
Nourrie de l'abandon,
Le mien aura nourri
Par la mélancolie,
Une année de bonheur
Qui n'aura pas pourri !
Le mien aura nourri
Par un peu de folie
Une année de douleur
Qui restera sans prix.

Le toreador - collection privée -
Oh ! ...
Oh ! Ces notions de famille,
Ces verbes qui déchirent
La pensée qui fourmille
Entre réunir ou partir,
Entre tenir ou s'enfuir !
Liens de sang dans mes veines,
Noeuds d'acier dans la haine,
Sous quel étrange empire,
Ces passions souveraines,
Vont-elles s'accomplir ?
Irréductibles chaînes,
Lourdes ou légères,
C'est toujours que l'on traîne
Les amours mensongères.
Qui n'a jamais rêvé ?
Qui n'a jamais rêvé de pouvoir retrouver,
Les senteurs des amours passées
De son enfance abandonnée aux années,
Jamais en satiété.
Qui n'a jamais pensé pouvoir se revigorer
Dans la chaleur des souvenirs puérils,
Dans les bras délicatement déployés
De la maternité,
Et de ceux, imperceptiblement contractés,
De la paternité ?
Pouvoir se rappeler, sans sourciller,
Les doux moments passés,
Sans tressaillir,
A les évoquer.
Pouvoir sourire, se blottir, s'endormir,
Se laisser caresser d'une main de velours,
Par la mélancolie,
Ce spleen Baudelairien des amours réminiscentes,
Sans sentir en son sein l'annonce d'un détour
Vers les draps de mon lit,
Sans que brusquement ne s'accélère la descente,
Irrépressible, foudroyante, vers mes souvenirs,
Ce sombre et pernicieux venin de l'amour,
Qui me nourrit, me pourrit, imperceptiblement,
Patiemment, diaboliquement symbiotique dans mon corps,
Dans mon âme, parce qu'il était. mon sang !
Qui n'a jamais rêvé de pouvoir retrouver,
Les senteurs des amours passées
De son enfance abandonnée aux années,
Jamais en satiété.
Qui n'a jamais pensé pouvoir se revigorer
Dans la chaleur des souvenirs puérils,
Dans les bras délicatement déployés
De la maternité,
Et de ceux, imperceptiblement contractés,
De la paternité ?
.Moi, je n'ai jamais rêvé ;
Je me souviens juste de l'enfant,
Que je n'ai jamais été.